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Depuis un an, le CHU de Dijon est en mesure de poser un cœur artificiel total aux patients en attente de greffe cardiaque.

Depuis un an, le CHU de Dijon est en mesure de poser un cœur artificiel total aux patients en attente de greffe cardiaque. Les deux premiers bénéficiaires étaient Comtois. Rencontre avec Sébastien, d’Étueffont, près de Belfort.
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L’engin est « un peu bruyant » s’excuse presque le docteur Jazayeri, chirurgien au CHU de Dijon. Eu égard au service rendu, Sébastien Bretonneau est cependant tout prêt à pardonner à son médecin.

Le tchouc-tchouc régulier du gros appareil, qui ne le quitte plus depuis six semaines, est même devenu « rassurant ». Originaire d’Étueffont, dans le Territoire de Belfort, Sébastien est hospitalisé dans le service de chirurgie cardio-vasculaire et thoracique et d’anesthésie réanimation cardio-vasculaire du CHU de Dijon. Le 27 novembre dernier, deux jours après son quarantième anniversaire, Saed Jazayeri et son équipe lui ont greffé un cœur artificiel total

Un mauvais diagnostic
Tout a débuté il y a trois ans. « J’ai fait une crise cardiaque au retour de la Jungle run de Besançon. Elle a été mal diagnostiquée. Je suis arrivé 7 à 8 heures trop tard à l’hôpital. Mon cœur était irrémédiablement atteint », résume le Franc-Comtois, fataliste. « Tout le monde peut faire une erreur. »

Sportif, « petit fumeur, ni gros buveur, ni gros mangeur », le mal est héréditaire. Après trois mois d’hospitalisation, cet informaticien bancaire reprend le boulot sur un poste aménagé. « On se prend une bonne claque et puis pendant trois ans, j’ai eu l’impression d’aller de mieux en mieux… Mais en fait, mon état se dégradait inexorablement. »

Inscrit sur la liste des personnes en attente de greffe, Sébastien manque de dépasser la limite au mois de mars, lorsque ses reins se retrouvent à la peine. « Après une prise de sang, ils m’ont hospitalisé en urgence à Dijon et m’ont vraiment sorti de la panade. Cela faisait un an que je savais qu’il me fallait une greffe et là, je me suis retrouvé en super-urgence. »

Malheureusement, trouver un greffon compatible n’est pas une mince affaire dans le cas de Sébastien. À l’automne, la décision est prise de lui implanter ce cœur artificiel total.

« Aujourd’hui, je vais mieux, j’ai retrouvé de la pêche. Mais je ne pense pas encore à sortir bien que cette possibilité me soit offerte… » Un système d’alimentation, réduit à la taille d’un gros ordinateur portable pesant environ 6 kilos, le permet. Mais l’idée d’une panne quelconque ou d’une coupure de courant panique encore Sébastien et sa compagne. « Avec l’appareil portable, l’autonomie est d’une heure seulement. J’en suis seulement à m’habituer à débrancher et rebrancher les tuyaux d’air comprimé qui font fonctionner ma nouvelle pompe. »

« Recourir le Lion… »
À terme, c’est d’un greffon humain dont Sébastien a besoin. « J’essaie de ne pas y penser tout le temps. Quand on vous l’annonce, au début c’est un grand stress, le monde qui s’effondre. Après on se concentre sur l’idée de devoir répondre à l’appel pour être à l’hôpital en deux heures. Je ne sais pas dans quel état psychologique je serai après la greffe mais pour l’instant, pour moi, c’est plus un problème médical. Le problème moral viendra après. D’ailleurs, on est suivi pour cela aussi. »

Pourtant, « être donneur cela a toujours été pour moi une évidence mais gagner quelque chose de quelqu’un c’est entièrement différent. Vivre avec un cœur artificiel, ce n’est déjà pas une chose évidente à intégrer. On sent bien la mécanique à l’œuvre à l’intérieur. Au début, c’est même un peu effrayant. Mais cela s’estompe quand on se rend compte que ça marche plutôt bien. C’est très ingénieux. Je pensais que ce serait plus compliqué comme machine. Si je suis greffé, je me demande si son tchouc-tchouc ne va pas me manquer. C’est idiot mais quand je me réveille la nuit, l’entendre me rassure. »

En attendant, Sébastien s’est fixé un objectif : « Recourir le Lion et partir trois semaines à Cancale, déguster des huîtres et [s]’attabler chez le chef Olivier Rœllinger. »

Une spécialisation récente à Dijon
C’est la deuxième implantation d’un cœur artificiel total au CHU de Dijon, les deux en cette année 2016 et pour deux patients adressés par le CHRU de Besançon. Le premier, Gérard Routhier, 65 ans, de Devecey, a depuis été greffé d’un cœur humain et va bien. Il est venu rendre visite à Sébastien Bretonneau pour lui soutenir le moral.

La coopération est totale entre les deux grands établissements hospitaliers de Bourgogne Franche-Comté. À Besançon, la spécialisation de la greffe hépatique et à Dijon celle du cœur. « Cela nécessite dans un cas comme dans l’autre de disposer d’équipes expérimentées réalisant un nombre suffisant de greffes pour être performantes », expliquent les docteurs Saed Jazayeri (chirurgien) et Marie Bielefeld-Gomez (cardiologue). Les pathologies cardio-vasculaires sont la première cause de décès en France où 500 000 patients présentent une insuffisance cardiaque pour 2 000 en attente de greffe. Bien avant les cancers. Environ 400 sont réalisées chaque année, dont une douzaine bon an, mal an sur le pôle bourguignon. « La greffe ce n’est pas le plus compliqué, c’est le suivi derrière qui fait la différence… »

Le cœur artificiel total n’est pas une technique nouvelle mais elle demande une technicité à part. « Le plus souvent, nous réalisons une assistance partielle avec un système mono-ventriculaire. Des patients équipés attendent depuis ainsi des années une greffe sans problème. Et pour certains qui ont dépassé 65 ans, cela peut être une solution définitive. Nous invitons d’ailleurs les cardiologues à nous adresser leurs patients avant qu’une défaillance multiviscérale ne se déclare. »

L’intérêt du cœur artificiel total est évident (lire par ailleurs). Il offre une chance à des patients qui n’ont plus d’alternative dans l’attente d’un greffon. Et aujourd’hui, il y a pénurie de ces greffons. Tout d’abord, en raison de la baisse des accidents de la route et ensuite, par manque de prise de position des donneurs éventuels. C’est-à-dire chacun d’entre nous. C’est pourquoi le principe de consentement présumé vient d’être renforcé (notre édition du 31 décembre).

F.J. L’Est Republicain du 16 Janvier 2017

annelise • 12 février 2017


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