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Cette greffe a tout débloqué

Propos recueillis par Julien Proult du Journal La Nouvelle République du 26 Septembre 2015

Le CHRU de Tours a fêté en 2015 sa 2.000 e greffe de rein. Le Dr Yvon Lebranchu faisait partie de l’équipe à l’origine de la première, réalisée le 20 octobre 1985. Retour sur une journée particulière.

La petite histoire retiendra que la première greffe rénale réalisée à Tours l’a privé d’un dîner prévu ce jour-là chez Jean Bardet, célèbre restaurateur de la région qui officiait à l’époque à Châteauroux. Un léger contretemps qui n’altère en rien le souvenir précis que garde le Dr Lebranchu de ce 20 octobre 1985. A l’occasion d’un séminaire organisé hier à la faculté de médecine, il est revenu sur cette journée qui a changé sa carrière et fait basculer le CHU de Tours dans une nouvelle ère.

Dans quelles circonstances la première greffe rénale s’est-elle déroulée à Tours ?

« Il y a 30 ans, nous étions déjà en période de difficultés financières. Cela faisait à peu près six mois-un an qu’on se préparait à faire cette greffe, mais on n’avait pas l’autorisation de débuter et donc d’acheter les médicaments antirejet, très chers. On se demandait donc comment on allait faire, sans ces médicaments. On avait des patients inscrits sur la liste d’attente. On faisait des prélèvements depuis des années au CHU de Tours, donc il y avait éventuellement des greffons disponibles. »

Que s’est-il passé le 20 octobre 1985 ?

« Ce jour-là, il y a eu la conjonction de deux éléments. Un laboratoire pharmaceutique nous a d’abord donné les médicaments pour deux patients. Il s’agissait d’ampoules de sérum anti-lymphocytaire, un médicament très cher qu’il n’y avait pas à l’hôpital. On nous a dit : «  On vous offre les deux premiers traitements, comme ça, vous pourrez débuter  ». Parallèlement, il y a eu un prélèvement réalisé à l’hôpital Clocheville sur un enfant décédé de mort encéphalique. Donc, on avait à la fois les médicaments et le greffon. On a bouleversé l’ordre du jour pour réaliser la première greffe, sur un adulte. »

A l’époque, on pouvait greffer un rein d’enfant sur un adulte ?

« Oui, mais on ne plus procéder ainsi aujourd’hui. C’était une autre époque. »

Comment s’est passée l’opération ?

« Ça s’est très bien passé. Il fallait que ça se passe bien parce que sinon, ça pouvait mettre à mal tout le programme de greffe. C’est le professeur Yves Lançon, mon homologue chirurgical, qui a fait cette greffe. Cela a tout débloqué. C’est quelque chose de binaire. Il y a eu un avant et un après. »

Parlez-nous de cet après…

« On a été immédiatement suivi par l’hôpital. On a pu développer le programme de greffe. Ça s’est enchaîné assez rapidement : dès l’année 1986, on a fait 12 greffes, puis 30 en 1987 et 40 en 1988. On est arrivé rapidement à 50 greffes par an. L’activité n’a fait que croître ces dernières années. On a d’abord eu un objectif de 100 greffes annuelles, qui est aujourd’hui passé à 150, pour répondre aux besoins de la région Centre-Val de Loire qui sont de 150 à 200 greffes par an. Tours, progressivement, est devenue une ville de France où l’activité de greffe de reins est la plus importante. Cela a permis de faire le lit d’autres activités de transplantation : cardiaque et hépatique. »

Quelle est la situation aujourd’hui ?

« Nous sommes actuellement en situation de pénurie d’organes. Dans notre région, il y a environ 400 à 450 patients sur liste d’attente, alors que seuls 120 à 130 peuvent être greffés chaque année. On entre dans un changement de paradigme en France : pour contourner cette pénurie, l’idéal est maintenant d’être greffé avec un donneur vivant sans passer par la dialyse : c’est ce qu’on appelle une greffe préemptive. »

réaction

Pour le Dr Yves Lanson, chirurgien qui a réalisé l’acte, le 20 octobre 1985 n’évoque « rien de particulier » : « C’était un geste chirurgical que j’avais appris dix ans auparavant. Sur le plan technique, je n’avais aucune angoisse. En revanche, sur le plan de la responsabilité collective pour le CHU, c’était le début d’une aventure qu’on espérait la meilleure possible. »

annelise • 27 septembre 2015


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Comments

  1. Marchisseau Stéphane 27 septembre 2015 - 21 h 48 min Reply

    Merci M. LEBRANCU, Merci M. LANCON !
    Merci à toute l’équipe de Néphro de Bretonneau.
    Oui merci pour ces années de greffe, ces années de vie gagnées sur la maladie.
    Et merci aux donneurs !

    • annelise 28 septembre 2015 - 6 h 55 min Reply

      Oui on remerciera jamais assez les donneurs ainsi que leurs familles. Et moi je remercie souvent les équipes médicales qui nous sont toutes très dévouées.

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